Qu’ils
aient eu ou non le privilège de le voir et l'entendre, ceux
qui portent
un intérêt à Irvin YALOM peuvent
être rassurés : il continue d'écrire
et son éditrice française Galaade continue de le
traduire.
Pour ce qui est d’une prochaine venue, Gonzague ne
désarme pas, mais la partie n’est pas
gagnée, car Irvin ne voyage plus guère.
Les
deux événements ont fait l’objet
d’enregistrements. Celui de Paris est
accessible sur le site de Gestaltexchange.fr à l'adresse : http://www.gestaltexchange.fr
en
cliquant sur "téléchargements"
dans le bandeau
supérieur du site, dans
la rubrique "conférences". Pour celui de Strasbourg,
filmé par les
organisateurs, nous ne manquerons pas de vous faire part des
informations qui vous permettront d’y accéder.
Avant de clore le
sujet, il me semble important de renouveler nos excuses aux personnes
qui n’ont pu être accueillies, et de remercier
Sally Cojean,
Jean-Pierre Denis et Rosine Fievet pour leurs traductions dans la bonne
humeur.
Enfin, souvenez vous de la venue de Guillermo
Feo Garcia qui pourra aussi nourrir votre
intérêt pour l’existentialisme lors du
stage qu’il animera à l’EPG les 24 et 25 mai 2008
« les 3E de la Gestalt existentielle
(Expérimentation, Expérience,
Expression) ». Psychiatre, psychothérapeute et
Président de la Société
Vénézuelienne de Gestalt, il dirige un institut
de Gestalt à Caracas et
a développé une approche originale de la Gestalt
fondée sur une vision
existentielle de la psychothérapie.
Isabelle TEMPERVILLE
TEXTE DE LA CONFERENCE A PARIS
Voici le texte non retouché, c'est-à-dire de
style oral, de la conférence de Irvin Yalom.
Nos
remerciements à Jean-Philppe Piétance pour
l'enregistrement et la
retranscription, à Gaëlle Abeille-Fleurot pour les
corrections de
l'écrit et aux deux traductrices, Rosine Fievet et Sally
Cojean.
Gonzague MASQUELIER
Conférence d’Irvin D. Yalom
Le jeudi 20 septembre 2007 à la Maison de
l’Amérique Latine, à Paris
Pascale Senk (Psychologies Magazine) :
Je vais être assez brève, je vais vous expliquer
un petit peu comment se passe la soirée.
Irvin
a souhaité être interviewé, je vais
donc lui poser quelques questions,
et puis à un certain moment on gardera une demi-heure pour
que vous
puissiez vous même lui poser vos questions. Donc simplement,
je voulais
vous rappeler pour ceux qui ne le connaissent pas, et je suppose que
vous êtes très nombreux à le
connaître, les principaux faits de sa
biographie.
Il est Professeur émérite de psychiatrie
à la
célèbre Université de Stanford en
Californie, il est aussi
psychothérapeute bien sûr, et
spécialiste de la thérapie de groupe dans
lesquels ses textes font vraiment preuve de
référence dans le monde
entier. Il a notamment écrit deux livres
théoriques majeurs : en 1970,
“Théorie et pratique de la
psychothérapie de groupe” et 1980 “Le
traité
de psychothérapie existentielle”. En 1989, il a
connu un petit
changement de carrière, puisse qu'il s'est mit à
écrire des fictions et
à introduire de plus en plus de philosophie dans ses
récits de
psychothérapie et dans ses romans pédagogiques.
En 2002, la
prestigieuse APA (American Psychiatric Association) lui a
décerné le
prix Oscar Pfister pour ses contributions en matière de
psychiatrie et
religion.
Donc je vais poser tout de suite une question, qui je
pense vous intéresse tous, à Irvin je vais lui
demander de parler du
métier de psychothérapeute. D'abord, j'aimerais
qu'il nous raconte
qu’elles étaient ses attentes quand il a
commencé ce métier de
psychothérapeute, et finalement après tant
d'années de pratique,
qu'est-ce qu'il a réellement appris de ce métier
de psychothérapeute.
Irvin D. Yalom (La traduction simultanée a
été assurée par Rosine Fievet) :
Je
pense que je vais me lever, parce que je sais que l'une des
premières
choses pour un thérapeute, c'est d'être vu, de ne
pas être caché et si
je reste assis, vous là-bas, vous ne verrez pas ! Donc je me
lève. Je
savais qu'on allait me poser cette question. Je ne vais pas vous lire
quoi que ce soit, je vais parler d'abord, mais je vais lire un passage
pour répondre à cette question. J'ai
écrit un livre qui s'appelle "le
don de la thérapie", et il se termine avec la
réponse à cette question,
et j'ai passé tellement de temps à ciseler les
mots, que je pense qu'il
est mieux que je vous le lise. Les autres de mes commentaires ne seront
pas faits par lecture.
Donc c'est une section qui se nomme
"Chérissez les privilèges de votre
métier". J'entends très rarement mes
collègues thérapeutes se plaindre que leur vie
manque de sens. Etabli
en tant que thérapeute, c'est une vie de service dans
laquelle nous
transcendons tous les jours nos souhaits personnels, et nous tournons
notre regard vers les besoins et la croissance des autres.
Nous
avons du plaisir non seulement dans la croissance de nos patients, mais
également dans l'effet de ricochet, une influence salutaire
que nos
patients ont, sur ceux qui sont dans leur entourage. Il y a
là un
privilège extraordinaire et une satisfaction extraordinaire.
Dans la
discussion antérieure sur les risques du métier,
j'ai décris l'examen
personnel incessant, et le travail intérieur incessant, qui
est requit
dans notre métier. Mais cette exigence même est
d'avantage un
privilège, que cela ne constitue une contrainte, parce que
c'est un
garde-fou intégré contre la stagnation. Le
thérapeute actif est sans
cesse en évolution, grandissant sans cesse dans sa
connaissance de lui
même et dans son awareness.
Comment pourrions-nous guider les
autres dans un examen de leur structure profonde de la
pensée et de
l'existence, sans s'examiner soi-même en même temps
? Et de la même
façon, comment pourrions-nous demander à un
client de se centrer sur la
façon dont il se relie aux autres, sans examiner notre
propre mode
relationnel ? Je reçois plein de feed-back et de retour de
mes patients
(que je retiens des choses, que je rejette, que je juge et que je suis
froid et distant), mais je dois les prendre sérieusement. Je
dois me
demander si ça correspond à mon
expérience interne et si d'autres
personnes ont donné un retour similaire. Si ma conclusion,
c'est que le
feed-back est juste et que cela illumine mes zones aveugles, alors je
me sens reconnaissant envers mes clients et je les remercie. Si je ne
faisais pas cela ou si je niais la véracité de
l'observation juste qu'a
fait le patient, alors cela serait détruire la vue du
patient, détruire
sa vue de la réalité et ne pas m'engager dans une
thérapie mais dans
une anti thérapie.
Nous somme les dépositaires de secrets.
Chaque jour les patients nous font le don de leurs secrets, qui n'ont
parfois jamais été partagés avec qui
que soit d'autres. Recevoir ces
secrets est un privilège qui est donné
à très peu de gens. Ses secrets
nous donnent accès aux peaux lisses de la condition humaine
sans les
fioritures sociales, les jeux de rôles, les cotés
bravaches, ou les
postures. Parfois ces secrets m'écorchent, et alors je
rentre chez moi,
je prends ma femme dans mes bras, et je célèbre
la vie. D'autres
secrets pulsent à l'intérieur de moi, et
suscitent des souvenirs que
j'ai oubliés depuis longtemps ou des impulsions fugitives.
D'autres
encore m'attristent, tandis que je suis témoin de la
façon dont une vie
entière peut-être consumée par la honte
et l'incapacité à se pardonner.
Ceux qui sont dépositaires des secrets ont entre leurs mains
une
lentille, qui permet de clarifier la façon de voir le monde,
une vue
qui est moins distordue, qui n'a pas de déni, qui n'a pas
d'illusion,
une façon de voir les choses telles qu'elles sont
réellement. Lorsque
je me tourne vers les autres avec ma connaissance, que nous sommes
tous, tant thérapeutes que patients, alourdis par des
secrets, ou
dépositaires de secrets douloureux, tel que la
culpabilité pour des
actes qui ont été commis, la honte pour des
actions qui n'ont pas été
faites, l'inspiration a être aimé et
chéri, des blessures profondes,
des insécurités, des peurs, alors je me rapproche
d'eux. Le fait même
d'être dépositaire de secrets au fil des ans, m'a
rendu beaucoup plus
doux et dans l'acceptation. Lorsque je rencontre des individus
gonflés
de vanité ou d'importance dans leur ego, ou bien encore
distraits par
une myriade de passions consumantes, alors j'ai l'intuition de la
douleur de leurs secrets sous-jacent et je ne sens pas de jugement,
mais plutôt de la compassion, et par-dessus tout une
relience.
Lorsque,
j'ai été pour la première fois
exposé dans une retraite boudhiste à une
méditation formelle sur la gentillesse aimante, je me suis
senti très à
la maison, très chez moi. Notre travail non seulement nous
apporte
l'opportunité de nous transcender, d'évoluer, de
croître, mais
également d'être béni par une
clarté de vision dans la connaissance
véritable et tragique de la condition humaine, et cela nous
donne
encore plus. Finalement, enfin, cela m'a toujours paru une
évidence, un
privilège extraordinaire, de faire partie de la corporation
des
guérisseurs, une corporation vénérable
et honorable. Nous thérapeutes
faisons partie de la tradition, qui puise ses racines non seulement
dans nos ancêtres psychothérapeutes
immédiats, en commençant par
Freund, Jung et tous leurs ancêtres, à savoir
Nietzsche, Schopenhauer,
Kierkegaard, mais également Jésus, le Bouddha,
Platon, Socrate, Galien,
Hippocrate, et tous les autres guides religieux, philosophes,
physiciens, qui ont depuis le début des temps,
essayés de soulager le
désespoir humain.
Donc c’est ma très longue réponse
à la première question, j'espère que
j'ai bien répondu. Je ne ferais plus de lecture.
Je
voudrais dire quelque chose au sujet de l'ici et maintenant, pendant un
instant. Je vais dire à quel point je suis heureux
d'être ici. Je suis
venu pour la première fois à Paris pour mon
voyage de noce, il y a plus
de cinquante ans avec mon épouse, qui est assise
là au premier rang.
Nous sommes venu à Paris et nous avons loué une
mobylette, et puis nous
somme partie à moto en Bretagne, et nous avons fini au Mont
Saint-Michel. Je commençais avec mes études de
médecine, et je ne
m'imaginais pas qu'on allait m'inviter à nouveau pour parler
avec mes
collègues. Je sais qu'il y a une grande foule ici, et je
sais qu'il y a
aussi une foule qui n'a pas été accueillie. Je
sais qu'au fur et à
mesure que je prends de l'âge, alors les foules grandissent
et
grandissent, enfin là, alors je m'affirme très
fort, bien sûr, mais si
je regarde ce phénomène avec un regard
phénoménologique, il y a quelque
chose d'assez sombre autour de cela. Après tout ma question
c'est;
pourquoi on se presse pour me voir ?
P.S. : Comment vous définissez un bon thérapeute,
en tous cas un thérapeute compétent ?
I.D.Y.
: C'est dur comme question. J'ai envie de retourner au début
de notre
métier, pour vous dire qu'est-ce qui ferait un bon
thérapeute. La
personne qui a introduit les psychologues à la
psychothérapie, c'est
Carl Rogers aux Etats-Unis. Il a aussi introduit toute la recherche
dans la psychothérapie. Il est arrivé avec trois
variables enfin, qui
étaient des critères pour les
thérapeutes efficaces. Et ces variables
étaient l'empathie juste, le soutien, et la
considération positive et
inconditionnelle. Je ne pense pas que je puisse faire mieux que cela,
car je suis complètement d'accord avec les variables de Carl
Rogers. Et
la plupart des travaux qui ont été fait
après cela, sont en fait des
notes de bas de page par rapport à ces variables.
P.S. : A un
moment, vous avez eu besoin d'introduire de la philosophie dans votre
pratique, et vous avez créé donc la
psychothérapie existentielle.
Comment les questions existentielles arrivent-elles au cours d'une
thérapie ? Et comment vous travaillez avec ces questions
pour faire
progresser le patient ?
I.D.Y. : J'ai toujours eu un intérêt
double dans la psychothérapie. Tout au début,
j'ai été intéressé par
les thérapies de groupe et la thérapie
existentielle. Pour moi, je les
considère comme des choses différentes et
parallèles. Je ne me vois
comme faisant de la thérapie existentielle dans les groupes.
Quand je
travaille avec les groupes, je suis plutôt sur un mode
interpersonnel.
Et dans la thérapie individuel, je suis beaucoup plus
sensible et à
l'écoute des questions existentielles.
Tout au début de ma
formation, j'étais un résident en psychiatrie
à Johns Hopkins, au
milieu de sept cent heures d'analyse freudienne, et j'ai senti qu'il y
avait quelque chose qui manquait dans ce processus, et il y avait une
dimension de l'être humain qui était omis de ce
processus. Et j'ai été
également déçu des limites du domaine
biologique, qui était mon autre
choix. Mais un livre a été traduit dans notre
première année de
formation, je ne pense pas qu'il a été traduit en
Français. C'est un
livre de Rollo May psychologue, qui à écrit un
livre sur les questions
de l'existence, inspiré par les existentialistes
européens et qui
travaillaient autour du Dasing. Et cela ouvert ma vue, mon regard sur
une autre approche et cela m'a fasciné
énormément. Non je n'avais pas
eu une éducation philosophique très
poussée. En fait, je me suis poussé
pour faire mes études en trois ans, plutôt que
quatre, je ne sais pas
pourquoi, je pense parce que j'étais fiancé
à mon épouse ici, et
j'étais pressé de gagner ma vie, avant que
quelqu'un d'autre ne me la
prenne. Et c'est à ce moment là, en fait dans le
cours de ma formation,
j'ai commencé à m'intéresser
à la philosophie, j'ai pris des cours et
depuis je lis des ouvrages. Je pense que c'est comme cela que j'ai
commencé mon travail existentiel et j'ai envie de vous
raconter des
histoires, je veux répondre à la question de
Pascal en vous parlant
d'une séance de psychothérapie.
Donc je vais vous parler d'un
patient, qui s'appelle Marc, bien évidemment, j'ai
déguisé le nom de
tous mes patients et j'ai leur approbation pour parler du contenu de
cette séance.
Marc était un psychothérapeute, et je le suivais
depuis deux ans. Il avait quarante ans. Il est venu pour la
thérapie
parce qu'il avait de grandes angoisses autour de la mort, et un deuil
non résolu autour de sa sœur qui était
décédée quelques années
plus
tôt. Son angoisse de mort décroissait beaucoup,
mais les derniers mois,
il a commencé à avoir une fascination sexuelle
pour l'une de ses
patientes, dont le nom était Ruth. Donc je vais vous parler
de cette
séance avec lui, où j'ai commencé par
faire une annonce :
- "Bon
voilà Marc, je t'ai envoyé un client pour une de
tes séances de
thérapie de groupe. Donc s'il t'appelle, appelle-moi, et je
te
donnerais d'autres informations. (Je vous dirais un mot sur :
référez
un malade à vos patients, c'est spécial.
- (Donc Marc fait merci de
la tête, et dit). Où est-ce que l'on commence
aujourd'hui ? Moi,
toujours la même chose. En fait voilà, tandis que
je conduisais
pour
venir à ma séance, j'ai commencé a
pensé à Ruth (Ruth c'est la patiente
dont il est amoureux). C'est difficile de la sortir de ma
tête. Hier
soir, je suis sorti avec d'anciens copains du collège, et en
fait on a
passé notre temps à nous remémorer nos
sorties avec les filles. Et
alors j'ai commencé à penser à Ruth et
mon cœur a saigné pour elle.
Bien ! Et oui, je sais c'est stupide.
- (Et alors je lui dis). Bon
ben dis moi un petit peu, c'est quoi penser à elle ?
Qu'est-ce qui se
passe dans ta tête, quand tu penses à elle?
- Oh c'est un
sentiment stupide, où j'ai des étoiles dans les
yeux, je me sens si
stupide, alors que je suis un adulte, j'ai quarante ans, je suis un
psychologue, elle est ma patiente, je sais qu'il n'y aura pas de suivi
et que l'on ne va pas consommer.
- (Alors je lui dis). Commences
avec ce sentiment tout plein d'étoiles. Plonge dedans et
dis-moi
qu'est-ce qui te vient à l'idée.
- (Il ferme les yeux). Légèreté !
C'est comme si je volais dans les airs, aucune pensée pour
ma sœur
morte, aucune pensée pour la mort. Tout à coups,
il me vient un flash,
et je me vois assis sur les genoux de ma mère et elle me
fait des
câlins, peut-être j'ai cinq ou six ans avant
qu'elle ne soit atteinte
d'un cancer (sa mère a eu le cancer à peu
près pendant dix ans